Les saignements du premier trimestre : est‑ce fréquent ?
Voir apparaître des pertes de sang au début de la grossesse est très anxiogène. Pourtant, les
saignements génitaux du premier trimestre sont relativement fréquents : ils concernent environ
une femme enceinte sur quatre.
Ces saignements ne signifient pas toujours qu’il s’agit d’une fausse couche, mais ils imposent
toujours une consultation médicale en urgence afin d’en déterminer la cause et d’écarter une
situation grave, notamment pour la mère.
Les causes liées à la grossesse (causes obstétricales)
Fausse couche et menace de fausse couche
La cause la plus fréquente de saignement au premier trimestre est la
fausse couche spontanée ou la menace de fausse couche.
Elle se manifeste par des pertes de sang variables (de simples traces à de véritables
hémorragies), parfois associées à des douleurs pelviennes ou abdominales de type crampes.
Lorsqu’il existe encore une activité cardiaque fœtale et que le col de l’utérus est fermé,
on parle de menace de fausse couche : la grossesse se poursuit mais nécessite repos et
surveillance rapprochée.
Grossesse extra‑utérine (GEU)
La grossesse extra‑utérinepetits saignements brunâtres associés à des douleurs d’un seul côté du
bas‑ventre.
La GEU peut engager le pronostic vital en cas de rupture de la trompe et d’hémorragie interne.
C’est une urgence chirurgicale éventuelle, qui nécessite un diagnostic rapide par échographie
et dosage de bêta‑hCG.
Môle hydatiforme (« grossesse molaire »)
La môle hydatiforme, ou grossesse molaire, est une anomalie de développement du placenta.
Elle se traduit par une prolifération anormale des villosités placentaires et peut se manifester
par des saignements précoces, souvent associés à des taux de bêta‑hCG très élevés.
Il s’agit d’une pathologie rare, mais qui nécessite une prise en charge spécialisée et une
surveillance prolongée après évacuation de la môle.
Complication de grossesse gémellaire
Dans une grossesse gémellaire, certains saignements peuvent être en rapport avec la perte
précoce d’un des embryons ou avec des complications spécifiques aux grossesses multiples.
Là encore, seule l’échographie obstétricale permet de faire le point précisément.
Les causes gynécologiques sans lien direct avec la grossesse
Tous les saignements survenant en cours de grossesse ne viennent pas forcément de la
grossesse elle‑même. Des pathologies du col ou de l’utérus peuvent être responsables de
métrorragies au premier trimestre.
Cervicite
La cervicite est une inflammation ou une infection du col de l’utérus.
Elle peut provoquer des pertes sanguinolentes, parfois déclenchées par un rapport sexuel ou un
examen gynécologique. Un traitement antibiotique ou local est souvent nécessaire.
Lésions bénignes du col
Plusieurs lésions bénignes du col de l’utérus peuvent saigner facilement :
- Ectropion (ou éversion du col) : zone fragile qui peut saigner au moindre contact.
- Polype muqueux du col : petite excroissance bénigne souvent à l’origine de saignements
après les rapports. - Kyste glandulaire : généralement bénin, parfois responsable de pertes sanguines ou
glaireuses.
Cancer du col de l’utérus
Plus rarement, un cancer du col utérin peut être révélé par des saignements anormaux.
La grossesse n’empêche pas le dépistage par frottis ni la réalisation d’examens complémentaires
(colposcopie, biopsie) si nécessaire.
Pourquoi consulter en urgence en cas de saignements ?
Quel que soit le volume des pertes de sang au premier trimestre, il est indispensable de
consulter rapidement un médecin ou de se rendre aux urgences afin :
- d’éliminer une grossesse extra‑utérine ou une autre cause grave ;
- de vérifier si la grossesse évolue normalement (échographie, dosage de bêta‑hCG) ;
- d’évaluer l’état général de la mère et de rechercher une éventuelle anémie.
Un examen clinique gynécologique, des analyses de sang et une échographie pelvienne sont
généralement nécessaires pour poser le diagnostic et adapter la prise en charge.
Cas particulier du rhésus négatif
Si vous êtes de groupe sanguin rhésus négatif, tout saignement pendant la grossesse
peut entraîner un risque d’immunisation fœto‑maternelle (incompatibilité rhésus).
Dans cette situation, on met en place une prévention de l’incompatibilité rhésus par
injection d’immunoglobulines anti‑D (par exemple Rophylac), afin de protéger la grossesse
actuelle et les futures grossesses.
Prise en charge en fonction du diagnostic
Saignements avec bilan rassurant
Lorsque les examens sont normaux (grossesse évolutive, pas de signe de gravité immédiate),
on recommande généralement :
- repos relatif (limiter les efforts physiques, parfois arrêt de travail) ;
- surveillance clinique et échographique rapprochée ;
- consultation ou reconsultation rapide en cas de nouvelle perte de sang ou de douleur.
Menace de fausse couche
En cas de menace de fausse couche, le traitement repose sur :
- le repos et l’arrêt des activités physiques intenses ;
- un traitement antalgique adapté en cas de douleurs ;
- parfois des antispasmodiques pour limiter les contractions utérines ;
- un soutien psychologique, car cette période est souvent très éprouvante.
Fausse couche avérée
Lorsque la fausse couche est confirmée, la prise en charge dépend du terme et du contexte
clinique :
- surveillance simple si l’expulsion est complète et l’état de la patiente stable ;
- traitement médical par misoprostol pour faciliter l’évacuation du contenu utérin ;
- parfois aspiration endo‑utérine (intervention réalisée en milieu hospitalier)
si l’expulsion est incomplète ou en cas de saignements importants.
Grossesse extra‑utérine (GEU)
Le traitement de la grossesse extra‑utérine dépend de la taille de la GEU, des taux de
bêta‑hCG et de l’état général de la patiente :
- Traitement médical par méthotrexate (médicament qui arrête l’évolution de la
grossesse) dans certains cas sélectionnés ; - Traitement chirurgical par cœlioscopie le plus souvent :
- salpingotomie : évacuation de la GEU en conservant la trompe si c’est possible ;
- salpingectomie : ablation de la trompe lorsqu’elle est trop abîmée ou en cas
d’hémorragie importante.
En résumé
Les saignements au premier trimestre de grossesse sont fréquents mais doivent toujours
être pris au sérieux. Ils peuvent être sans gravité ou révéler une pathologie nécessitant une
prise en charge rapide, comme la grossesse extra‑utérine ou certaines complications de la
grossesse.
En cas de saignements, même minimes, au début de la grossesse, il est indispensable de
consulter en urgence afin de protéger votre santé et, lorsque cela est possible, de
préserver la poursuite de la grossesse.

