Rubéole et grossesse : risques, dépistage et prise en charge

Rubéole et grossesse : un risque rare mais grave

La rubéole est une maladie virale habituellement bénigne chez l’adulte, mais elle peut avoir des conséquences dramatiques lorsqu’elle survient en début de grossesse. La transmission materno‑fœtale est aujourd’hui très rare grâce à la vaccination, mais lorsqu’elle se produit, le risque de malformations graves du fœtus est élevé.

C’est pourquoi un contrôle sérologique (prise de sang) avant la conception, ou au tout début de la grossesse, est vivement recommandé, et la vaccination contre la rubéole doit être proposée de façon systématique aux femmes non immunisées en dehors de toute grossesse.

Interprétation de la sérologie de la rubéole en début de grossesse

En début de grossesse, une sérologie positive à la rubéole signifie que l’organisme a déjà été en contact avec le virus ou avec le vaccin. Deux situations sont possibles :

  • Immunité ancienne (après une rubéole ancienne ou une vaccination) : généralement sans risque pour le fœtus.
  • Infection récente : situation à haut risque pour l’embryon ou le fœtus, qui impose des examens complémentaires.

En cas de sérologie positive d’interprétation incertaine, on recherche toute notion de contage (contact avec une personne malade) ou d’éruption cutanée récente. Au moindre doute, un deuxième prélèvement sanguin est réalisé dans le même laboratoire, environ 15 jours plus tard, avec relecture du premier échantillon.

Évolution des anticorps : infection ancienne ou récente ?

La comparaison des deux sérologies successives permet d’orienter le diagnostic :

  • Stabilité des taux d’anticorps : en faveur d’une immunité ancienne, rassurante pour le fœtus.
  • Augmentation significative des anticorps (multipliés par 4 ou davantage) : évoque une séroconversion récente, c’est‑à‑dire une infection récente, mais peut aussi correspondre à une réinfection chez une patiente déjà immunisée.

Primo‑infection versus réinfection : quel risque pour le fœtus ?

Lorsque l’on observe une ascension significative du taux d’anticorps anti‑rubéole, deux cas sont possibles :

  • Primo‑infection rubéoleuse (premier contact avec le virus) : au premier trimestre, le risque de transmission materno‑fœtale est estimé à environ 60 à 90 %. En cas de contamination, la probabilité de malformations graves est très élevée (environ 80 à 100 %), touchant notamment :

    • le système nerveux central (retard psychomoteur, atteinte cérébrale),
    • les yeux (cataracte congénitale, anomalies oculaires),
    • le cœur (cardiopathies congénitales),
    • les oreilles (surdité).
  • Réinfection (nouvelle exposition chez une femme déjà immunisée) : le risque n’est pas nul, mais il semble nettement plus faible que lors d’une primo‑infection.

Des examens biologiques spécialisés (tests d’avidité des IgG, analyses complémentaires) peuvent aider à distinguer primo‑infection et réinfection, et ainsi mieux évaluer le risque pour le fœtus.

Conduite à tenir en cas de primo‑infection au premier trimestre

Lorsqu’une primo‑infection rubéoleuse prouvée survient au premier trimestre de grossesse, la situation est particulièrement délicate en raison du risque très élevé de malformations congénitales sévères.

Cette situation impose :

  • la prise en charge dans un centre pluridisciplinaire de diagnostic prénatal,
  • un entretien approfondi avec le couple pour expliquer les risques et les options possibles,
  • une décision partagée, prise après une information claire et loyale.

Options proposées au couple

Après discussion avec l’équipe spécialisée, plusieurs attitudes peuvent être envisagées :

  • Interruption Médicale de Grossesse (IMG) d’emblée : compte tenu du risque très élevé de malformations graves en cas de primo‑infection précoce, cette option est généralement considérée comme recevable sur le plan médical et éthique.
  • Diagnostic prénatal virologique pour documenter une éventuelle infection fœtale :

    • Amniocentèse après 18 semaines d’aménorrhée (SA) : ponction du liquide amniotique pour rechercher la présence du virus de la rubéole.
    • Prélèvement de sang fœtal après 22 SA : analyse du sang du fœtus à la recherche du virus et d’éventuelles anomalies biologiques, selon différentes techniques spécialisées.

Les résultats de ces examens, associés à l’échographie fœtale, permettent d’affiner l’évaluation du risque et d’accompagner le couple dans sa décision.

Prévention : vaccination et suivi préconceptionnel

La meilleure protection contre la rubéole congénitale reste la vaccination. Elle est recommandée :

  • chez les jeunes filles et les femmes en âge de procréer non immunisées,
  • en dehors de toute grossesse, avec une contraception conseillée pendant le mois qui suit la vaccination.

Un bilan préconceptionnel (avant la grossesse) incluant la sérologie de la rubéole permet de vérifier la protection immunitaire et, si besoin, d’organiser la vaccination avant le début d’une grossesse afin de réduire au maximum le risque de rubéole congénitale.