Quand faut-il s’inquiéter de ses saignements ?
Des règles soudainement beaucoup plus abondantes que d’habitude, prolongées, ou des saignements survenant en dehors des règles (métrorragies) ne doivent jamais être négligés.
Ces troubles du cycle menstruel peuvent avoir de nombreuses causes, bénignes ou plus graves, et nécessitent une consultation gynécologique afin d’en déterminer l’origine et de proposer un traitement adapté.
Principales causes de règles abondantes et de saignements anormaux
Un saignement utérin anormal peut être lié à différentes situations médicales. Parmi les causes fréquentes, on retrouve :
- Une grossesse débutante (y compris grossesse extra-utérine ou menace de fausse couche), qui peut se manifester par des saignements inhabituels.
- Une endométrite, c’est-à-dire une inflammation ou une infection de l’endomètre (muqueuse interne de l’utérus).
- Des tumeurs bénignes de l’utérus :
- Adénomyose : infiltration de l’endomètre dans le muscle utérin, provoquant des règles très douloureuses et abondantes.
- Fibromes utérins (myomes) : nodules bénins du muscle utérin, souvent responsables de ménorragies (règles très abondantes).
- Polypes endométriaux ou sous-muqueux : petites excroissances dans la cavité utérine pouvant entraîner des saignements intermenstruels ou après les rapports.
- Une tumeur maligne de l’utérus :
- Cancer du col de l’utérus, souvent révélé par des pertes de sang en dehors des règles ou après les rapports.
- Cancer de l’endomètre, surtout après 40–45 ans ou à la ménopause, avec des saignements anormaux.
- Un trouble de la coagulation sanguine, congénital ou acquis, pouvant entraîner des hémorragies menstruelles importantes.
- Certains médicaments, en particulier les anticoagulants (fluidifiants du sang) qui favorisent les saignements.
- Un stérilet en cuivre, qui peut majorer le flux menstruel et prolonger les règles.
- Une méno-métrorragie fonctionnelle : saignements abondants et/ou irréguliers sans cause organique identifiée, souvent liés à un déséquilibre hormonal.
Pourquoi consulter un gynécologue ?
Une consultation s’impose dès que vos règles changent de façon notable : augmentation importante du flux, saignements entre les règles, après un rapport sexuel, ou après la ménopause.
L’objectif est de :
- Rechercher une cause précise (bénigne ou maligne).
- Évaluer la conséquence des pertes sanguines (en particulier le risque d’anémie).
- Proposer un traitement adapté à votre âge, à votre désir de grossesse et à votre état de santé général.
Les examens nécessaires pour faire le diagnostic
En plus de l’interrogatoire détaillé et de l’examen gynécologique, différents examens complémentaires peuvent être prescrits.
Échographie pelvienne
L’échographie pelvienne, idéalement réalisée en début de cycle, est l’examen de première intention.
Elle permet d’analyser la taille et la structure de l’utérus, de rechercher des fibromes, polypes, une adénomyose, et de visualiser les ovaires. Elle se fait le plus souvent par voie endovaginale.
Frottis cervico-vaginal
Le frottis cervico-vaginal sert à dépister des anomalies des cellules du col de l’utérus, notamment des lésions précancéreuses ou un cancer du col.
Il est systématiquement vérifié ou renouvelé en cas de saignements inexpliqués.
Colposcopie et biopsies
En cas d’anomalie du frottis ou de suspicion de lésion du col, le gynécologue peut proposer une colposcopie.
Cet examen, réalisé au cabinet, consiste à examiner le col de l’utérus à la loupe binoculaire après application de colorants, et à effectuer si besoin des biopsies ciblées pour analyse histologique.
Hystéroscopie diagnostique
Lorsque l’on suspecte un polype, un fibrome sous-muqueux ou une anomalie de la cavité utérine, une hystéroscopie diagnostique peut être proposée.
Un fin endoscope est introduit par le col dans la cavité utérine pour visualiser directement l’endomètre et réaliser des biopsies de l’endomètre si nécessaire.
Bilan sanguin
Une prise de sang est fréquemment demandée pour :
- Rechercher une anémie (baisse du taux d’hémoglobine, carence en fer).
- Explorer un trouble de la coagulation si le contexte le suggère.
- Contrôler éventuellement une grossesse (dosage de la bêta-hCG).
Les options de traitement
Le traitement dépend entièrement de la cause retrouvée, de l’importance des saignements, de votre âge et de votre projet de grossesse.
Plusieurs approches peuvent être envisagées.
Traitements médicaux
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Médicaments pour réduire le flux menstruel :
- Acide tranexamique : diminue les pertes sanguines pendant les règles.
- Traitements hormonaux :
- Oestroprogestatifs (pilule) : régulent le cycle et réduisent l’abondance des règles.
- Progestatifs, par voie orale ou sous forme de stérilet hormonal au lévonorgestrel, qui limite fortement l’épaisseur de l’endomètre et diminue considérablement le flux menstruel.
Ce dispositif intra-utérin peut remplacer un stérilet au cuivre si celui-ci aggrave les pertes de sang.
- Supplémentation en fer en cas d’anémie liée aux pertes sanguines répétées.
Traitements chirurgicaux
Selon la pathologie en cause, une prise en charge chirurgicale peut être proposée :
- Résection sous hystéroscopie de polypes ou fibromes sous-muqueux situés dans la cavité utérine.
- Myomectomie : ablation ciblée d’un ou plusieurs fibromes utérins, en préservant l’utérus, notamment chez les patientes souhaitant une grossesse ultérieure.
- Hystérectomie (ablation de l’utérus) : envisagée en dernier recours, chez certaines patientes ne désirant plus de grossesse, en cas de pathologie sévère ou de saignements rebelles aux autres traitements.
Radiologie interventionnelle
Dans certains cas de fibromes utérins volumineux ou multiples, sans désir de grossesse immédiat, on peut proposer une embolisation des artères utérines.
Cette technique, réalisée par un radiologue interventionnel, consiste à obstruer de façon ciblée les artères qui nourrissent les fibromes afin de les faire diminuer de taille et de réduire les saignements.
Traitement des cancers gynécologiques
Si une tumeur maligne (cancer du col utérin ou cancer de l’endomètre) est diagnostiquée, la prise en charge est multidisciplinaire et peut associer :
- Chirurgie gynécologique oncologique (hystérectomie, curage ganglionnaire…)
- Radiothérapie
- Chimiothérapie, selon le type de cancer et son stade d’évolution.
En résumé
Des règles très abondantes, prolongées ou des saignements survenant en dehors des règles ne doivent pas être considérés comme « normaux ».
Ils justifient une consultation gynécologique pour en identifier la cause, évaluer le retentissement (notamment l’anémie) et mettre en place un traitement adapté, qu’il soit médical, chirurgical ou mixte.
N’hésitez pas à consulter rapidement si vos saignements vous inquiètent, si vous changez de protection très fréquemment, si vous ressentez une fatigue importante ou si vous êtes en période de périménopause ou déjà ménopausée.

