Prurit de la femme enceinte : fréquent et le plus souvent bénin
Au cours de la grossesse, de nombreuses femmes ressentent des démangeaisons (prurit). Dans la majorité des cas, il s’agit d’un phénomène banal lié :
- à la sécheresse cutanée (déshydratation de la peau),
- à la distension de la peau sur le ventre, les seins, les cuisses,
- à l’apparition de vergetures.
Ces démangeaisons restent généralement limitées, sans fièvre ni altération de l’état général, et sans retentissement sur le bébé.
Que faire en premier en cas de démangeaisons pendant la grossesse ?
Lorsqu’il s’agit d’un prurit simple, quelques mesures locales suffisent souvent à améliorer les symptômes :
- Toilette douce : utiliser un savon surgras ou légèrement acide, éviter les douches trop chaudes qui assèchent la peau.
- Hydratation cutanée : appliquer régulièrement une crème ou un lait hydratant adapté à la femme enceinte, sur l’ensemble du corps.
- En cas de vergetures : on peut compléter par une crème ou pommade spécifique, par exemple à base d’oxacéprol, pour améliorer l’élasticité de la peau.
- Éviter les irritants : vêtements trop serrés, matières synthétiques, parfums agressifs, bains moussants irritants.
Si malgré ces mesures les démangeaisons persistent, s’intensifient ou deviennent étendues, une consultation médicale est indispensable.
Quand consulter rapidement ?
Une consultation avec votre médecin ou votre gynécologue-obstétricien est nécessaire pour éliminer des causes plus sérieuses de prurit, notamment :
Causes indépendantes de la grossesse
- Réaction médicamenteuse : allergie ou intolérance à un médicament (antibiotiques, antalgiques, compléments, etc.).
- Maladie dermatologique : eczéma, urticaire, psoriasis, infection cutanée…
- Maladie générale (dite de “système”) : atteinte hépatique, rénale ou hématologique pouvant se manifester par des démangeaisons diffuses.
Causes spécifiques à la grossesse
Certaines pathologies sont propres à la grossesse et nécessitent une prise en charge adaptée. Elles sont plus fréquentes au 3ᵉ trimestre et doivent être connues.
Les principales maladies de grossesse associées à des démangeaisons
1. Cholestase gravidique (cholestase intra-hépatique de la grossesse)
La cholestase gravidique est une maladie du foie spécifique de la grossesse. Elle apparaît le plus souvent au 3ᵉ trimestre et disparaît généralement après l’accouchement.
Elle se manifeste par :
- des démangeaisons intenses, souvent prédominantes sur les paumes des mains et les plantes des pieds,
- sans lésions cutanées au début,
- parfois associées à une fatigue, un ictère (jaunisse), des urines foncées.
Cette affection peut être associée à des risques fœtaux :
- retard de croissance intra-utérin,
- accouchement prématuré,
- mort fœtale in utero dans les formes sévères.
La cholestase gravidique peut récidiver lors d’une grossesse ultérieure, mais ce n’est pas systématique.
La prise en charge se fait en milieu hospitalier avec :
- traitement du prurit (par exemple antihistaminique tel que l’hydroxyzine),
- en cas de forme sévère, traitement par acide ursodésoxycholique (type Ursolvan) pour améliorer le fonctionnement hépatique,
- après 32 semaines d’aménorrhée, supplémentation en vitamine K pour prévenir certains troubles de la coagulation,
- surveillance rapprochée de la mère et du fœtus, avec parfois discussion d’un déclenchement de l’accouchement.
2. Pemphigoïde gestationis
La pemphigoïde gestationis est une maladie auto-immune rare (environ 1 cas sur 50 000 grossesses). Elle survient en général au 3ᵉ trimestre ou peu après l’accouchement, puis régresse en quelques semaines.
Elle se traduit par :
- une éruption cutanée vésiculeuse ou bulleuse très prurigineuse,
- touchant souvent l’abdomen puis s’étendant à d’autres zones.
Pour le fœtus, il peut :
- n’y avoir aucun retentissement,
- ou, plus rarement, un risque accru de prématurité ou de mort in utero.
La récidive lors d’une nouvelle grossesse est fréquente.
Le traitement repose sur :
- des soins locaux apaisants,
- l’application de dermocorticoïdes (corticoïdes locaux) sur les lésions,
- et, dans les formes plus sévères, un traitement systémique décidé par le dermatologue et l’obstétricien.
3. PUPP : papules et plaques urticariennes prurigineuses de la grossesse
Les PUPP (Papules et Plaques Urticariennes Prurigineuses de la grossesse) sont une éruption cutanée bénigne qui touche environ 1 % des grossesses.
Caractéristiques :
- survenue typiquement au 3ᵉ trimestre,
- lésions en plaques rouges et surélevées, très prurigineuses,
- localisation initiale fréquente sur les vergetures de l’abdomen, puis extension possible aux cuisses, fesses, bras,
- disparition en général en un mois, souvent après l’accouchement.
Les PUPP sont sans conséquence sur la mère et sur le fœtus et ne récidivent habituellement pas au cours des grossesses suivantes.
Le traitement est essentiellement symptomatique :
- soins locaux (émollients, crèmes calmantes),
- en cas de prurit intense, antihistaminiques adaptés à la grossesse, prescrits par le médecin.
En résumé : quand les démangeaisons pendant la grossesse doivent-elles alerter ?
Les démangeaisons au cours de la grossesse sont fréquentes et le plus souvent liées à des causes bénignes (sécheresse cutanée, vergetures). Néanmoins, vous devez consulter rapidement votre médecin ou votre gynécologue si :
- le prurit est intense, généralisé ou insomniant,
- vous remarquez des bulles, cloques ou lésions étendues sur la peau,
- les démangeaisons apparaissent surtout au 3ᵉ trimestre,
- elles s’accompagnent de jaunisse, urines foncées, fatigue importante,
- vous prenez des médicaments récents susceptibles de déclencher une allergie,
- vous avez déjà présenté une cholestase gravidique ou une pemphigoïde gestationis lors d’une grossesse précédente.
Un bilan approprié (examen clinique, prise de sang, éventuellement avis dermatologique) permettra de distinguer une cause bénigne d’une pathologie de grossesse nécessitant une surveillance ou un traitement spécifique, afin d’assurer votre sécurité et celle de votre bébé.

