Qu’est-ce que le cancer de l’ovaire ?
Le cancer de l’ovaire est une tumeur maligne qui se développe aux dépens des tissus ovariens. Il touche le plus souvent les femmes après 45–50 ans et reste rare chez la femme jeune.
En France, on recense un peu plus de 4 000 nouveaux cas par an. Le type le plus fréquent est le cystadénocarcinome séreux de l’ovaire.
Le diagnostic précoce est difficile car les signes cliniques au début sont peu spécifiques ou absents. Il n’existe pas, à ce jour, de test de dépistage fiable pour l’ensemble de la population. C’est pourquoi le cancer de l’ovaire est souvent découvert à un stade déjà avancé, ce qui influence fortement le pronostic.
Le facteur pronostique majeur reste la précocité du diagnostic et la mise en route rapide d’une prise en charge spécialisée.
Facteurs de risque du cancer de l’ovaire
Plusieurs catégories de facteurs peuvent augmenter ou, au contraire, diminuer le risque de développer un cancer de l’ovaire.
Facteurs gynécologiques et reproductifs
- Nulliparité (absence de grossesse menée à terme).
- Première grossesse tardive, après 30 ans.
- Traitement par inducteurs de l’ovulation (par exemple Clomifène/Clomid®), surtout en cas d’utilisation prolongée.
À l’inverse, tout ce qui réduit le nombre d’ovulations au cours de la vie tend à être protecteur :
- Utilisation prolongée de la contraception orale.
- Multiparité (plusieurs grossesses).
- Allaitement maternel.
Facteurs héréditaires et familiaux
Chez certaines femmes, le risque est augmenté par l’existence d’une prédisposition génétique :
- Antécédents personnels ou familiaux de cancer de l’ovaire, du sein, de l’endomètre ou du côlon.
- Présence d’une mutation BRCA1 ou BRCA2 (syndrome sein–ovaire).
- Syndrome de Lynch (cancer colorectal héréditaire, pouvant s’associer à des cancers gynécologiques).
Autres facteurs
- Âge supérieur à 50 ans.
- Antécédents d’irradiation pelvienne.
Comment le cancer de l’ovaire s’étend-il ?
Le cancer de l’ovaire peut se propager selon plusieurs voies.
Extension péritonéale
Les cellules tumorales se détachent de la tumeur ovarienne et se déposent sur le péritoine (membrane qui tapisse la cavité abdominale), formant de multiples nodules tumoraux. C’est un mode d’extension très fréquent.
Extension lymphatique
Les cellules cancéreuses peuvent gagner les ganglions lymphatiques, en particulier les chaînes iliaques et lombo-aortiques. On parle d’adénopathies métastatiques.
Extension par voie sanguine
La diffusion par le sang (voie hématogène), responsable de métastases à distance (par exemple au foie ou aux poumons), est plus rare mais possible, surtout aux stades avancés.
Symptômes du cancer de l’ovaire
Le tableau clinique est très variable et souvent pauci-symptomatique au début.
Signes précoces, souvent discrets
Aux stades initiaux, la tumeur peut rester silencieuse ou provoquer des symptômes peu spécifiques :
- Sensation de pesanteur pelvienne ou de gêne dans le bas-ventre.
- Impression de gonflement abdominal ou d’augmentation du tour de taille.
- Douleurs aiguës parfois déclenchées par certains mouvements, liés au déplacement de la masse ovarienne.
Dans le cas de tumeurs hormonodépendantes, on peut observer :
- Troubles du cycle menstruel.
- Saignements vaginaux après la ménopause.
Signes à un stade plus avancé
- Douleurs abdominales diffuses et persistantes.
- Augmentation importante du volume de l’abdomen liée à une accumulation de liquide dans la cavité abdominale, appelée ascite, pouvant simuler une grossesse.
- Altération de l’état général : fatigue, perte d’appétit, amaigrissement.
Bilan à réaliser devant un cancer de l’ovaire
La prise en charge repose sur un bilan complet, clinique, biologique et radiologique, habituellement réalisé dans un centre spécialisé en oncologie gynécologique.
Bilan clinique
Il commence par un interrogatoire précis à la recherche :
- De l’âge de la patiente, de ses antécédents médicaux, chirurgicaux et familiaux (cancers dans la famille).
- De symptômes généraux : perte de poids, fatigue persistante, baisse de l’appétit.
- De douleurs abdominales, de troubles digestifs (transit), de ballonnements inhabituels.
L’examen physique est complet :
- Palpation de l’abdomen pour rechercher une masse, de l’ascite, une augmentation du volume du foie.
- Palpation des ganglions accessibles.
- Examen gynécologique au spéculum.
- Palpation bilatérale des seins, compte tenu du lien possible avec les cancers mammaires héréditaires.
- Toucher pelvien (toucher vaginal et rectal) pour préciser la taille, la consistance, la sensibilité et la mobilité de la masse ovarienne, et rechercher des nodules péritonéaux.
Bilan biologique
Il comprend notamment la recherche de marqueurs tumoraux sériques :
- CA 125, marqueur le plus utilisé dans le cancer de l’ovaire épithélial.
- Selon le contexte (femme jeune, suspicion de tumeur germinale) : β-hCG et alpha-foetoprotéine.
- Parfois, dosage de l’ACE (antigène carcinoembryonnaire).
Ces marqueurs ne suffisent pas pour faire un dépistage mais sont utiles pour le suivi évolutif de la maladie.
Bilan d’imagerie
Échographie abdomino-pelvienne et endovaginale
C’est l’examen de première intention. L’échographie permet :
- D’évaluer l’aspect de la masse ovarienne et d’argumenter en faveur d’une tumeur bénigne ou maligne.
- D’examiner l’ovaire controlatéral.
- De rechercher un épanchement liquidien intra-abdominal (ascite).
- De visualiser le foie à la recherche de métastases.
IRM abdomino-pelvienne
L’IRM offre une meilleure analyse des organes pelviens et des rapports entre la tumeur ovarienne et les organes voisins (utérus, vessie, rectum…). Elle est demandée en fonction du contexte clinique et des données de l’échographie.
Scanner thoraco-abdomino-pelvien
Le scanner (TDM) est essentiel pour le bilan d’extension :
- Recherche de métastases pulmonaires et hépatiques.
- Mise en évidence d’une carcinose péritonéale (nodules sur le péritoine).
- Analyse des ganglions lymphatiques abdominaux (adénopathies suspectes).
Traitement du cancer de l’ovaire
Le traitement est réalisé en milieu hospitalier, dans le cadre d’une réunion de concertation pluridisciplinaire associant gynécologues, oncologues médicaux, radiothérapeutes, anesthésistes, psychologues et, si besoin, chirurgiens digestifs.
Chirurgie
La chirurgie constitue le plus souvent le traitement initial de référence. L’objectif est de retirer :
- La tumeur ovarienne dans son intégralité.
- Les deux annexes (ovaires et trompes), selon le stade et le projet de grossesse éventuel chez les femmes jeunes.
- Souvent l’utérus (hystérectomie).
- Les ganglions lymphatiques pelviens et lombo-aortiques.
- Les zones de péritoine atteintes (péritonectomie partielle).
Dans la grande majorité des cas, l’intervention est réalisée par laparotomie (incision de l’abdomen). Lorsque l’intestin est atteint, une résection digestive peut être nécessaire.
Si le bilan pré-thérapeutique montre une tumeur très étendue, on peut proposer de débuter par une chimiothérapie néoadjuvante afin de réduire le volume tumoral, puis de réaliser la chirurgie après quelques cures. L’intervention est alors souvent plus aisée et moins lourde pour la patiente.
Selon les protocoles, une seconde intervention (chirurgie de « second look ») peut être discutée après la chimiothérapie afin d’évaluer la persistance éventuelle de tissu tumoral.
Chimiothérapie
Le cancer de l’ovaire est l’une des tumeurs solides de l’adulte les plus chimiosensibles. Le schéma classique comporte environ 6 cycles de chimiothérapie.
Le traitement de référence associe généralement :
- Un taxane, le plus souvent le Paclitaxel (Taxol®).
- Un sel de platine (Carboplatine, Cisplatine…).
Les modalités précises (produits, doses, rythme) sont adaptées à chaque patiente en fonction du stade de la maladie, de son âge et de son état général.
Radiothérapie
Depuis l’essor des chimiothérapies efficaces, la radiothérapie est aujourd’hui peu utilisée dans le cancer de l’ovaire en raison de sa toxicité importante sur les organes voisins. Elle peut néanmoins garder des indications limitées dans certaines situations particulières.
Mesures complémentaires de prise en charge
- Pose d’un site implantable (chambre implantable sous la peau) pour faciliter l’administration répétée des chimiothérapies et des prises de sang, tout en préservant les veines périphériques.
- Prise en charge à 100 % par l’Assurance Maladie dans le cadre des affections de longue durée (ALD).
- Orientation vers des associations de patientes et dispositifs de soutien psychologique et social.
Surveillance après traitement
Le suivi est régulier et prolongé à vie. Il est d’abord rapproché (tous les quelques mois), puis progressivement espacé en fonction de l’évolution.
Cette surveillance repose sur :
- Un examen clinique complet à chaque consultation.
- Le dosage des marqueurs tumoraux, en particulier le CA 125, lorsque celui-ci était élevé au moment du diagnostic.
En cas de doute clinique ou biologique (réascension des marqueurs, apparition de nouveaux symptômes), l’examen d’imagerie de référence est le plus souvent un scanner abdomino-pelvien.
Facteurs pronostiques
Plusieurs éléments influencent le pronostic du cancer de l’ovaire :
- Le stade de la maladie au moment du diagnostic (extension locale, péritonéale, ganglionnaire ou métastatique).
- La qualité de l’exérèse chirurgicale (absence ou non de résidu tumoral visible en fin d’intervention).
- Le type histologique de la tumeur (séreux, mucineux, endométrioïde, à cellules claires, tumeurs germinales…).
- Le degré de différenciation des cellules tumorales (plus ou moins agressives).
- L’âge de la patiente.
- L’état général et la présence éventuelle d’autres maladies associées.
Une prise en charge précoce, réalisée dans un centre expert en oncologie gynécologique, améliore les chances de contrôle de la maladie et la qualité de vie des patientes.

