Grossesse, bouleversements et santé mentale
La grossesse entraîne d’importants changements hormonaux, physiques et émotionnels. Ces modifications peuvent fragiliser l’équilibre psychique de certaines femmes et favoriser l’apparition de troubles psychiatriques, pendant la grossesse ou après l’accouchement (post-partum).
Il est donc essentiel, tout au long de la grossesse, d’identifier les facteurs de risque de troubles psychiques : antécédents psychiatriques personnels ou familiaux, épisodes dépressifs antérieurs, antécédents obstétricaux difficiles (fausse couche, mort fœtale, prématurité…), contexte psycho-social défavorable (isolement, précarité, conflit de couple, violences, deuil récent…).
Un repérage précoce permet de proposer un accompagnement adapté, d’éviter l’aggravation des symptômes et de protéger la relation mère-enfant.
Les troubles psychiques pendant la grossesse
Troubles émotionnels « mineurs »
Au cours de la grossesse, de nombreuses femmes présentent des manifestations psychiques transitoires, le plus souvent bénignes :
- vomissements et troubles somatiques en partie majorés par le stress ou l’anxiété,
- crises d’angoisse, inquiétudes excessives pour la santé du bébé ou le déroulement de l’accouchement,
- phobies (peur des examens, de l’hôpital, de la douleur, etc.).
Ces symptômes restent généralement modérés et s’améliorent avec l’écoute, l’information, la réassurance et parfois un soutien psychologique ponctuel.
Syndrome dépressif prénatal
Une dépression peut également survenir avant l’accouchement. Son intensité est variable, allant d’une simple tristesse avec perte d’intérêt à une véritable dépression caractérisée (troubles du sommeil, fatigue importante, culpabilité, idées noires…).
Cette dépression prénatale mérite une attention particulière, car elle augmente le risque de dépression du post-partum et peut altérer le vécu de la grossesse et le lien naissant avec le fœtus. Une prise en charge précoce (entretien psychologique, éventuellement traitement médicamenteux adapté à la grossesse après avis spécialisé) est recommandée.
Les troubles psychiatriques du post-partum
La période du post-partum (semaines et mois suivant l’accouchement) est une phase à risque accru de troubles psychiatriques. On distingue principalement trois tableaux cliniques.
Le baby-blues (ou syndrome du 3e jour)
Le baby-blues est la forme la plus fréquente de trouble psychique en post-partum. Il survient en général entre le 3e et le 6e jour après l’accouchement et dure de quelques heures à 4–5 jours.
Il s’agit d’un phénomène transitoire et bénin, lié notamment aux variations hormonales, à la fatigue et à l’adaptation au nouveau rôle de mère. La femme peut présenter :
- hypersensibilité émotionnelle, passages rapides du rire aux larmes,
- sentiment de culpabilité ou d’incapacité,
- irritabilité, nervosité,
- troubles du sommeil,
- peur de ne pas savoir s’occuper du bébé ou de ne pas être une « bonne mère ».
La prise en charge repose avant tout sur le soutien et la réassurance. Il est fondamental d’expliquer à la jeune mère qu’il s’agit d’un phénomène très fréquent et habituellement transitoire, et de l’encourager dans ses compétences parentales. Aucun traitement médicamenteux psychiatrique n’est nécessaire. En revanche, il faut surveiller l’évolution pour s’assurer qu’il ne s’agit pas du début d’une dépression plus durable.
Les dépressions du post-partum
La dépression du post-partum est moins fréquente que le baby-blues, mais plus sévère. Elle apparaît en général dans les semaines ou les mois suivant l’accouchement.
Les symptômes sont ceux d’une dépression sévère, avec souvent :
- tristesse profonde, perte d’énergie, désintérêt pour les activités habituelles,
- sentiment d’être incapable de s’occuper de l’enfant,
- culpabilité excessive, impression de ne pas être à la hauteur,
- anxiété importante concernant la santé ou l’avenir du bébé,
- parfois idées noires ou pensées intrusives concernant un malheur pouvant arriver à l’enfant.
Dans les formes sévères, une hospitalisation en service spécialisé peut être nécessaire, afin d’assurer la sécurité de la mère et du bébé, et de mettre en place un traitement antidépresseur adapté à l’allaitement et à la situation obstétricale.
La préservation et le soutien de la relation mère-enfant sont au cœur de la prise en charge. Des unités « mère-bébé » permettent, lorsque c’est possible, de soigner la mère sans la séparer de son enfant, avec un accompagnement psychologique et une aide à la parentalité.
La psychose puerpérale confuso-délirante
La psychose puerpérale est une urgence psychiatrique rare mais grave. Elle survient de façon brutale, le plus souvent dans les trois premières semaines après l’accouchement.
La patiente présente typiquement :
- un syndrome confusionnel (obnubilation de la conscience, désorientation dans le temps et l’espace, discours incohérent),
- une grande labilité de l’humeur, avec alternance rapide d’agitation, d’angoisse, de tristesse ou d’excitation,
- des idées délirantes fréquentes : négation de la maternité, sentiment que l’enfant ne lui appartient pas, conviction que le bébé a été remplacé ou changé, idées de persécution ou de culpabilité.
Cette situation nécessite en urgence une hospitalisation en milieu psychiatrique, idéalement en unité mère-enfant lorsque l’état clinique le permet. Dans un premier temps, une séparation avec le bébé est souvent indispensable pour assurer la sécurité de chacun. Une reprise progressive du contact mère-enfant est ensuite organisée, sous surveillance rapprochée.
Le traitement repose sur une prise en charge psychiatrique spécialisée, incluant un traitement par neuroleptiques et éventuellement d’autres thérapeutiques (sédatifs, thymorégulateurs), toujours adaptés à la situation obstétricale et à l’allaitement.
Quand consulter en cas de souffrance psychique ?
Il ne faut pas hésiter à en parler rapidement à votre gynécologue, sage-femme ou médecin traitant si, pendant la grossesse ou après l’accouchement, vous ressentez :
- une tristesse persistante ou une perte d’intérêt qui dure plus de deux semaines,
- une anxiété intense ou des crises d’angoisse répétées,
- un sentiment d’incapacité à vous occuper de votre enfant,
- des idées de dévalorisation, de culpabilité majeure ou des idées noires,
- des pensées étranges concernant votre bébé (impression qu’il n’est pas le vôtre, qu’il a été remplacé, etc.),
- une désorganisation importante du sommeil, du comportement ou de la pensée.
Une prise en charge adaptée (écoute, soutien psychologique, consultation spécialisée, si besoin traitement médicamenteux) permet dans la plupart des cas une évolution favorable et contribue à protéger la mère, l’enfant et l’équilibre familial.

