Qu’est-ce qu’une fièvre chez la femme enceinte ?
On parle de fièvre lorsque la température corporelle dépasse 38 °C. Une température comprise entre 37,5 °C et 38 °C doit inciter à reprendre la mesure quelques heures plus tard, dans les mêmes conditions, pour confirmer ou non l’existence de la fièvre.
Pendant la grossesse, toute fièvre doit être prise au sérieux, car elle peut révéler une infection ou une autre pathologie qui nécessite un avis médical rapide afin de protéger la mère et le fœtus.
Quelles sont les principales causes de fièvre pendant la grossesse ?
1. Les causes infectieuses (les plus fréquentes)
La grande majorité des épisodes fébriles chez la femme enceinte est liée à une infection. Ces infections peuvent toucher la mère seule, ou exposer également le fœtus à un risque d’infection materno‑fœtale.
Infections urinaires et pyélonéphrite aiguë
L’infection urinaire est très fréquente au cours de la grossesse. Lorsqu’elle s’étend au rein, on parle de pyélonéphrite aiguë. Elle se manifeste par une fièvre souvent élevée, des frissons, des douleurs lombaires et parfois des brûlures urinaires.
Sans prise en charge rapide, cette infection peut entraîner des complications maternelles (sepsis, hospitalisation) et augmenter le risque d’accouchement prématuré.
Chorioamniotite
La chorioamniotite est une infection des membranes et du liquide amniotique. Elle survient surtout en fin de grossesse ou en cas de rupture prématurée des membranes.
Elle se traduit par de la fièvre, des douleurs utérines, un utérus sensible à la palpation et souvent un rythme cardiaque fœtal accéléré. C’est une urgence obstétricale car elle peut menacer le fœtus et la mère.
Infections ORL et respiratoires
Les infections de la sphère ORL et respiratoire (rhino-pharyngite, angine, grippe, bronchite, pneumonie) sont très courantes pendant la grossesse.
La plupart sont bénignes mais certaines, comme la grippe, peuvent être plus sévères chez la femme enceinte et justifier un traitement spécifique et une surveillance rapprochée.
Infections materno‑fœtales spécifiques
Certaines infections peuvent être transmises de la mère au fœtus et entraîner des complications parfois graves, en particulier si elles surviennent au premier trimestre de grossesse. Parmi les principales :
- Listériose (infection à Listeria monocytogenes) : souvent liée à la consommation d’aliments contaminés. Elle peut provoquer fièvre modérée, syndrome pseudo-grippal, mais aussi fausse couche, accouchement prématuré ou infection sévère du nouveau-né.
- Toxoplasmose : chez une femme non immunisée, une primo‑infection pendant la grossesse peut atteindre le fœtus et entraîner des lésions neurologiques ou oculaires.
- Infection à CMV (cytomégalovirus) : généralement peu symptomatique chez la mère, mais pouvant causer une infection congénitale avec atteinte neurologique ou auditive.
- Rubéole : rare dans les pays où la vaccination est généralisée, mais une primo‑infection en début de grossesse peut provoquer une embryopathie grave (malformations cardiaques, oculaires, surdité).
- Hépatites virales A ou B : elles exposent à un risque d’atteinte hépatique maternelle, et l’hépatite B peut être transmise au nouveau‑né lors de l’accouchement en l’absence de prévention.
- Herpès : surtout problématique en fin de grossesse, en cas de primo‑infection génitale, en raison du risque d’herpès néonatal.
- Paludisme (malaria) : à évoquer systématiquement après un séjour ou un voyage en zone tropicale. C’est une urgence médicale, pouvant mettre en jeu la vie de la mère et du fœtus.
2. Les causes chirurgicales
Certaines urgences chirurgicales peuvent survenir pendant la grossesse et s’accompagner de fièvre :
- Appendicite aiguë : douleurs abdominales, souvent à droite, nausées, vomissements et fièvre. Le diagnostic peut être plus difficile du fait de la grossesse, d’où la nécessité de consulter sans tarder.
- Cholécystite (inflammation de la vésicule biliaire) : douleurs dans l’hypochondre droit (sous les côtes), fièvre, parfois vomissements, souvent sur terrain de calculs biliaires.
Ces pathologies nécessitent une évaluation en urgence par un chirurgien et une prise en charge adaptée à la grossesse.
3. Les causes inflammatoires et auto-immunes
Plus rarement, la fièvre peut être liée à une maladie inflammatoire chronique ou auto‑immune (par exemple, certaines connectivites ou vascularites).
Dans ce contexte, la fièvre s’accompagne souvent d’autres signes (douleurs articulaires, éruptions cutanées, atteinte d’organes internes) et demande une prise en charge spécialisée (rhumatologue, interniste) en coordination avec l’équipe obstétricale.
Quels sont les risques pour le bébé et pour la mère ?
Risques pour le fœtus
Lorsqu’une fièvre est due à une infection, les conséquences pour le fœtus dépendent principalement :
- du groupe de germes en cause (bactérie, virus, parasite, infection materno‑fœtale spécifique),
- du terme de la grossesse au moment de l’infection,
- de la rapidité du diagnostic et du traitement.
Les situations sont très variables. Dans certains cas, l’infection est bien contrôlée et n’entraîne aucune conséquence pour le bébé.
Dans d’autres, il existe un risque de :
- fausse couche (en début de grossesse),
- embryopathie ou fœtopathie (atteinte du développement de l’embryon ou du fœtus, malformations ou séquelles neurologiques),
- retard de croissance intra‑utérin,
- rupture prématurée des membranes et accouchement prématuré,
- infection néonatale sévère dans les heures ou jours suivant la naissance.
Risques pour la mère
Dans certaines situations, c’est d’abord la santé maternelle qui est menacée :
- Pyélonéphrite aiguë : risque de sepsis, d’hospitalisation, de complications rénales si la prise en charge est tardive.
- Chorioamniotite : risque d’infection généralisée, nécessitant souvent une extraction rapide du fœtus.
- Infections graves (paludisme, pneumonie, hépatite sévère…) : elles peuvent entraîner un état général très altéré, une détresse respiratoire ou circulatoire.
- Causes chirurgicales (appendicite, cholécystite) : en l’absence de traitement, elles peuvent aboutir à des complications importantes (péritonite, abcès, etc.).
Pourquoi consulter rapidement ?
Face à une fièvre pendant la grossesse, il est essentiel de ne pas rester sans avis médical. La consultation permettra :
- d’identifier la cause de la fièvre (examen clinique, analyses sanguines, examen d’urines, échographie, etc.) ;
- d’évaluer l’état maternel (déshydratation, douleurs, signes de gravité) ;
- de vérifier le bien‑être fœtal (échographie, monitoring, mouvements fœtaux) ;
- de mettre en place un traitement adapté et une surveillance obstétricale rapprochée si nécessaire.
Comment traite‑t‑on la fièvre chez la femme enceinte ?
Mesures générales
Quel que soit le contexte, quelques mesures simples sont importantes :
- Antipyrétique adapté : le médicament de référence pendant la grossesse est le paracétamol, en respectant la dose maximale quotidienne et les contre‑indications éventuelles.
- Bonne hydratation : boire régulièrement (eau, bouillons, tisanes non sucrées) pour compenser les pertes liées à la fièvre et limiter le risque de déshydratation et de contractions utérines.
- Repos : adapter son activité, éviter les efforts physiques importants.
Les anti‑inflammatoires non stéroïdiens (AINS) sont à éviter pendant la grossesse, sauf indication très précise et avis médical spécialisé.
Traitement des infections bactériennes
En cas de suspicion d’infection bactérienne (infection urinaire, pyélonéphrite, chorioamniotite, pneumonie, etc.), un traitement antibiotique sera prescrit.
Le choix de l’antibiotique tient compte :
- du type d’infection suspectée,
- des résultats des examens (bilan sanguin, cultures d’urines, prélèvements),
- et surtout de la sécurité d’utilisation pendant la grossesse.
Lorsque la situation le nécessite, une hospitalisation peut être proposée pour administrer les antibiotiques par voie intraveineuse, surveiller la température, l’état maternel et le rythme cardiaque fœtal.
Indication d’un traitement chirurgical
Si la fièvre est liée à une cause chirurgicale (appendicite, cholécystite, abcès, etc.), une intervention peut être nécessaire.
Dans la majorité des cas, une chirurgie est possible pendant la grossesse, avec des techniques et des précautions adaptées pour limiter les risques pour la mère et le fœtus.
La décision est prise en concertation entre chirurgien, anesthésiste et obstétricien.
Surveillance obstétricale
Quelle que soit la cause, une surveillance obstétricale rapprochée est souvent indispensable en cas de fièvre significative pendant la grossesse. Elle peut comprendre :
- l’évaluation des contractions utérines,
- la surveillance du col de l’utérus si un accouchement prématuré est redouté,
- des monitorings fœtaux réguliers,
- des échographies obstétricales de contrôle.
Quand consulter en urgence ?
Pendant la grossesse, il est recommandé de consulter rapidement ou de se rendre aux urgences maternité en cas de :
- fièvre supérieure ou égale à 38 °C, surtout si elle dure plus de 24 heures,
- frissons importants ou sensation de malaise,
- douleurs lombaires, douleurs abdominales intenses ou pelviennes,
- brûlures à la miction, envies fréquentes d’uriner,
- toux, difficultés respiratoires, douleurs thoraciques,
- maux de tête violents, raideur de la nuque, troubles visuels,
- perte de liquides par le vagin, saignements, contractions utérines régulières,
- retour de voyage en pays tropical avec fièvre, même modérée.
Un avis médical rapide permet d’identifier la cause de la fièvre, de traiter efficacement l’infection ou la pathologie en cause et de protéger au mieux votre santé et celle de votre bébé.

