Fièvre dans le post-partum : est-ce normal ?
Dans les jours qui suivent l’accouchement, la survenue de fièvre n’est jamais à banaliser. Elle peut être liée à une infection gynécologique, urinaire, mammaire ou à une complication veineuse. Un avis médical rapide est indispensable afin d’identifier la cause et de mettre en place le traitement adapté.
Principales causes de fièvre après l’accouchement
1. Endométrite aiguë du post-partum
L’endométrite est une infection de la muqueuse de l’utérus survenant après la délivrance. C’est l’une des causes les plus fréquentes de fièvre dans les jours suivant un accouchement, qu’il soit par voie basse ou par césarienne.
Elle est favorisée par la stagnation de débris placentaires ou de caillots dans la cavité utérine. Elle peut se manifester par :
- fièvre, frissons, malaise général ;
- douleurs pelviennes ou abdominales basses ;
- pertes vaginales (lochies) anormales : abondantes, malodorantes ou purulentes.
2. Rétention placentaire
Des fragments de placenta ou de membranes peuvent persister dans l’utérus après l’accouchement (rétention placentaire). Cette situation favorise le développement d’une infection utérine (endométrite) et donc la fièvre.
En cas de rétention importante, un geste chirurgical (curetage ou aspiration) peut être nécessaire pour vider la cavité utérine, en complément du traitement antibiotique.
3. Infection de la cicatrice d’épisiotomie ou de césarienne
Les plaies périnéales (épisiotomie, déchirures suturées) et la cicatrice de césarienne peuvent s’infecter dans le post-partum. Les signes possibles sont :
- douleur locale augmentée, rougeur, chaleur au niveau de la cicatrice ;
- écoulement purulent ou suintement ;
- fièvre, parfois frissons.
Dans certains cas, un abcès de la paroi abdominale ou de la paroi utérine peut se former et nécessiter un drainage chirurgical.
4. Infections puerpérales générales
On regroupe sous le terme d’« infection puerpérale » les infections survenant dans les suites de couches, pouvant toucher l’utérus, les trompes, l’abdomen ou la circulation sanguine. Elles sont aujourd’hui plus rares grâce aux mesures d’asepsie, mais restent possibles.
Ces infections peuvent être graves si elles ne sont pas prises en charge rapidement, d’où l’importance de consulter sans attendre en cas de fièvre associée à un mauvais état général.
5. Infection urinaire
La grossesse, l’accouchement, la pose d’une sonde urinaire en salle de naissance ou en cas de césarienne augmentent le risque d’infection urinaire (cystite ou pyélonéphrite). Les signes possibles sont :
- brûlures en urinant (dysurie) ;
- envies fréquentes d’uriner, parfois peu abondantes ;
- douleur lombaire (douleur au niveau des reins) en cas d’atteinte plus haute ;
- fièvre plus ou moins importante.
6. Infection génitale haute
Outre l’endométrite, une infection peut atteindre les trompes ou les annexes (salpingite, pelvipéritonite). Elle se manifeste par de la fièvre, des douleurs pelviennes intenses, parfois des troubles digestifs. Il s’agit d’urgences gynécologiques.
7. Thromboses veineuses (phlébites)
Le post-partum est une période à risque de thrombose veineuse, en particulier :
- thrombose veineuse profonde des membres inférieurs (phlébite) ;
- thrombose veineuse pelvienne ou ovarienne.
Les signes qui doivent alerter sont :
- douleur, rougeur, gonflement d’un mollet ou d’une jambe ;
- douleur abdominale ou pelvienne ;
- fièvre, parfois associée à une sensation de malaise.
Ces situations nécessitent un diagnostic rapide (échographie Doppler, examens complémentaires) et un traitement anticoagulant adapté.
8. Autres causes urinaires ou gynécologiques
D’autres problèmes moins graves peuvent aussi s’accompagner de fièvre, comme :
- cystite simple ;
- rétention aiguë d’urines (difficulté à vider la vessie après l’accouchement) pouvant favoriser une infection ;
- petites infections locales gynécologiques ou cutanées.
Quand et pourquoi consulter en urgence ?
Toute fièvre dans les jours qui suivent l’accouchement doit conduire à un avis médical rapide, surtout si elle est associée à :
- douleurs abdominales, pelviennes ou lombaires ;
- saignements anormaux ou pertes vaginales malodorantes ;
- douleur, rougeur ou écoulement au niveau d’une cicatrice ;
- douleur ou gonflement d’un membre inférieur ;
- frissons, malaise, sensation de grande fatigue.
L’objectif de la consultation est :
- d’éliminer une cause grave (infection puerpérale sévère, phlébite, complication utérine) ;
- de confirmer la cause de la fièvre et de débuter rapidement le traitement.
Quels examens peut demander le médecin ?
Selon votre état clinique et les symptômes associés, le médecin ou le gynécologue-obstétricien peut proposer :
- un examen clinique complet (abdomen, utérus, cicatrices, seins, membres inférieurs) ;
- une prise de sang (bilan inflammatoire, numération formule sanguine, hémocultures si besoin) ;
- un examen cytobactériologique des urines (ECBU) à la recherche d’une infection urinaire ;
- des prélèvements bactériologiques vaginaux ou au niveau de la cicatrice ;
- une échographie pelvienne pour vérifier l’utérus (recherche de rétention placentaire, d’endométrite, d’abcès) ;
- éventuellement une échographie Doppler des membres inférieurs ou des veines pelviennes en cas de suspicion de thrombose veineuse.
Principes du traitement de la fièvre après l’accouchement
Le traitement dépendra de la cause identifiée. Il pourra être réalisé :
- à domicile, avec une surveillance rapprochée, pour des situations simples et bien contrôlées ;
- ou à l’hôpital / en maternité, si l’infection est plus sévère ou nécessite une surveillance continue.
Traitement symptomatique de la fièvre
Le paracétamol est le médicament de première intention pour faire baisser la fièvre en post-partum, y compris en cas d’allaitement, selon les doses recommandées par votre médecin. Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) sont en revanche utilisés avec prudence dans ce contexte.
Traitement antibiotique
Dans la majorité des infections du post-partum (endométrite, infection urinaire, infection de cicatrice, infection génitale), un traitement antibiotique est nécessaire. Il sera choisi en fonction :
- du type d’infection suspectée ;
- des résultats des prélèvements et des cultures, si disponibles ;
- de vos antécédents et de l’éventuel allaitement.
Traitement chirurgical ou gestes complémentaires
Certaines situations imposent un geste complémentaire, par exemple :
- curetage utérin ou aspiration en cas de rétention placentaire ;
- drainage d’un abcès de cicatrice ou de paroi ;
- mise en route d’un traitement anticoagulant en cas de thrombose veineuse confirmée.
En résumé
- La fièvre dans les jours qui suivent l’accouchement ne doit jamais être négligée.
- Les causes sont variées : endométrite, rétention placentaire, infection de cicatrice d’épisiotomie ou de césarienne, infection puerpérale, infection urinaire ou génitale, thrombose veineuse, etc.
- Une consultation médicale rapide permet d’écarter une cause grave, de réaliser les examens nécessaires (prise de sang, analyses d’urine, échographie…) et de débuter le traitement approprié.
- Le paracétamol est utilisé pour contrôler la fièvre, et un traitement antibiotique est souvent indispensable, parfois associé à un geste chirurgical.
En cas de fièvre après votre retour à domicile, n’hésitez pas à contacter immédiatement votre maternité, votre gynécologue-obstétricien ou à consulter les urgences. Une prise en charge précoce permet généralement une évolution rapide et favorable.

