Kystes bénins de l’ovaire : symptômes, diagnostic et prise en charge

Qu’est-ce qu’un kyste bénin de l’ovaire ?

On appelle « kystes bénins de l’ovaire » un ensemble de tumeurs remplies de liquide, le plus souvent non cancéreuses, qui se développent aux dépens de l’ovaire.
Elles vont du simple kyste fonctionnel, directement lié au fonctionnement normal du cycle ovarien, jusqu’au kyste organique, qui correspond à une tumeur vraie, parfois potentiellement maligne.

Comment se découvre un kyste ovarien ?

Un kyste de l’ovaire est très fréquemment découvert de manière fortuite, au cours d’un examen gynécologique ou d’une échographie de routine, chez une patiente ne présentant aucun symptôme.

Lorsque des signes sont présents, l’examen clinique peut retrouver :

  • des douleurs pelviennes plus ou moins intenses ;
  • une masse pelvienne à l’examen gynécologique ;
  • des troubles du cycle menstruel (règles irrégulières, plus abondantes ou plus douloureuses) ;
  • des troubles digestifs (ballonnements, inconfort abdominal) ;
  • ou des symptômes survenant à l’occasion d’une complication (torsion, rupture…).

L’examen de première intention est l’échographie pelvienne, réalisée par voie abdominale et/ou endovaginale.
Elle permet :

  • de confirmer la présence d’un kyste ovarien ;
  • d’en préciser la taille, l’aspect (simple ou complexe), l’épaisseur des parois ;
  • d’orienter vers un kyste fonctionnel ou un kyste organique.

Les grandes causes de kystes de l’ovaire

Kystes fonctionnels de l’ovaire

Les kystes fonctionnels de l’ovaire proviennent d’un follicule ovarien ou d’un corps jaune qui ne régresse pas normalement et se transforme en kyste.
Ils représentent la tumeur ovarienne la plus fréquente chez la femme en période d’activité génitale.

Ces kystes fonctionnels sont par définition toujours bénins. Ils sont habituellement :

  • de petite ou moyenne taille ;
  • souvent asymptomatiques ;
  • susceptibles de régresser spontanément en quelques semaines.

Devant un kyste d’aspect fonctionnel, on pratique en général un contrôle échographique à 3 mois pour vérifier sa disparition.
Si le kyste est toujours présent au contrôle, son caractère fonctionnel doit être remis en cause et l’on évoque alors un kyste organique.

Il est désormais démontré que la prescription d’une pilule oestroprogestative pendant quelques mois n’accélère pas la disparition des kystes fonctionnels par rapport à une simple surveillance.

Kystes organiques de l’ovaire

Les kystes organiques se développent indépendamment du cycle menstruel. Ils ne régressent pas spontanément et persistent d’un cycle à l’autre.
Chaque type de tissu constituant l’ovaire peut donner naissance à une tumeur bénigne ou maligne.

On distingue classiquement trois grands groupes de tumeurs ovariennes :

  • Tumeurs épithéliales, issues du revêtement (mésothélium) de la surface ovarienne ;
  • Tumeurs germinales, développées à partir des cellules germinales destinées à devenir les ovocytes ;
  • Tumeurs stromales, dérivées du tissu de soutien (stroma) de l’ovaire.

Chaque catégorie peut se présenter sous une forme bénigne ou maligne.

  • Tumeurs épithéliales bénignes : cystadénome séreux, cystadénome mucineux, endométriome (kyste lié à l’endométriose) ;
  • Tumeurs épithéliales malignes : cystadénocarcinome séreux, cystadénocarcinome mucineux, tumeurs endométrioïdes, tumeurs à cellules claires, tumeurs de Brenner, etc. ;
  • Tumeurs germinales bénignes : tératome mature, appelé aussi « kyste dermoïde » ;
  • Tumeurs germinales malignes : tératome immature, choriocarcinome, dysgerminome, entre autres ;
  • Tumeurs stromales bénignes : fibrome ovarien, thécôme ;
  • Autres tumeurs spécifiques : par exemple le syndrome de Krukenberg, métastase ovarienne d’un cancer digestif, en particulier gastrique.

Diagnostics différentiels d’un kyste ovarien

Certaines pathologies pelviennes peuvent simuler ou accompagner un kyste de l’ovaire. Parmi les principaux diagnostics à évoquer :

  • Grossesse extra-utérine (grossesse implantée en dehors de la cavité utérine, le plus souvent dans la trompe) ;
  • Hydrosalpinx (dilatation liquidienne d’une trompe utérine) ;
  • Pyosalpinx (abcès de la trompe, souvent lié à une infection génitale haute) ;
  • Fibrome utérin sous-séreux pédiculé, qui peut mimer une tumeur ovarienne à l’échographie ou à la palpation.

Démarche diagnostique devant une tumeur ovarienne

Le diagnostic de certitude sur la nature bénigne ou maligne d’un kyste ovarien ne peut être posé que par l’analyse anatomopathologique (examen au microscope) de la pièce opératoire.

Avant toute chirurgie, la démarche repose sur :

  • l’examen clinique gynécologique ;
  • l’échographie pelvienne, souvent complétée par une IRM pelvienne en cas de doute ;
  • le dosage sanguin de certains marqueurs tumoraux, en particulier le CA 125 pour les tumeurs épithéliales de l’ovaire.

Au terme de cette évaluation clinique, radiologique et biologique, on distingue généralement trois situations :

  • Cancer de l’ovaire cliniquement évident ;
  • Tumeur ovarienne probablement bénigne ;
  • Tumeur ovarienne suspecte, imposant une prise en charge chirurgicale plus approfondie.

Prise en charge selon le type de tumeur ovarienne

Tumeur ovarienne probablement bénigne

Il s’agit le plus souvent d’une femme jeune en période d’activité génitale, présentant un kyste ovarien simple à l’échographie, de petite ou moyenne taille, sans critère de suspicion de malignité.

L’objectif est de différencier un kyste fonctionnel d’un kyste organique bénin :

  • un contrôle échographique est réalisé à 3 mois ;
  • la disparition du kyste (spontanée ou sous contraception orale) est en faveur d’un kyste fonctionnel ;
  • la persistance du kyste ou son augmentation de taille oriente vers un kyste organique.

En cas de kyste organique probable, on propose le plus souvent une cœlioscopie (chirurgie mini-invasive par voie abdominale) à visée à la fois diagnostique et thérapeutique, permettant l’exérèse du kyste et l’analyse anatomopathologique.

Tumeur ovarienne suspecte

Certains éléments cliniques ou échographiques font craindre une tumeur maligne :

  • patiente ménopausée présentant un kyste persistant ;
  • kyste ne régressant pas après 3 mois de surveillance ;
  • kyste complexe à l’échographie (parois épaisses et irrégulières, cloisons, végétations internes) ;
  • diamètre du kyste > 6 cm ;
  • tumeur ovarienne bilatérale ;
  • élévation significative du CA 125 ou d’autres marqueurs selon le contexte.

Dans cette situation, la prise en charge consiste en une exploration chirurgicale, avec :

  • réalisation d’une cytologie péritonéale (prélèvement de liquide péritonéal pour analyse) ;
  • ablation de l’ovaire concerné (ovariectomie) ou parfois de l’annexe complète (salpingo-ovariectomie), selon l’âge de la patiente, le désir de grossesse et le degré de suspicion.

Cancer de l’ovaire cliniquement évident

Cette situation est plus rare mais grave.
Lorsque le tableau clinique, l’imagerie et la biologie sont très en faveur d’un cancer de l’ovaire avancé, la prise en charge repose sur une chirurgie par laparotomie médiane (ouverture de l’abdomen par une grande incision) à visée diagnostique et surtout curative.

Cette chirurgie permet :

  • de confirmer le diagnostic par l’examen anatomopathologique ;
  • de réaliser un bilan d’extension complet ;
  • et d’ôter au maximum les lésions tumorales (chirurgie de cytoréduction).

Complications possibles des kystes et tumeurs ovariennes

Même bénins, les kystes de l’ovaire peuvent être à l’origine de complications aiguës nécessitant une prise en charge rapide :

  • Torsion d’annexe : l’ovaire et parfois la trompe se tordent autour de leur axe vasculaire, entraînant une interruption de la circulation sanguine. Il s’agit d’une urgence gynécologique, responsable de violentes douleurs pelviennes.
  • Hémorragie intra-kystique : saignement à l’intérieur du kyste, pouvant provoquer une douleur aiguë et un tableau d’abdomen douloureux.
  • Rupture de kyste : le contenu du kyste se répand dans la cavité péritonéale, ce qui peut causer des douleurs intenses et, plus rarement, une irritation péritonéale.
  • Compression des organes voisins : un kyste volumineux peut comprimer la vessie, le rectum ou les structures digestives, entraînant troubles urinaires, constipation ou ballonnements importants.

Face à des douleurs pelviennes aiguës, inhabituelles ou intenses, en particulier chez une femme chez qui l’on connaît un kyste ovarien, il est indispensable de consulter rapidement pour éliminer ces complications.