Incontinence après l’accouchement : est-ce fréquent ?
Après une grossesse et un accouchement, de nombreuses femmes présentent des troubles de la continence.
Les fuites urinaires d’effort (lors d’une toux, d’un éclat de rire, en portant une charge, en courant…) concernent environ une femme enceinte sur deux et peuvent persister ou apparaître dans les semaines ou mois qui suivent la naissance.
L’incontinence anale (fuites de gaz ou de selles, difficultés à se retenir, sensations de pertes) est plus rare mais reste relativement fréquente : elle touche environ une femme sur quatre après l’accouchement.
Pourquoi des fuites urinaires ou anales après l’accouchement ?
Atteinte du périnée, des ligaments et des nerfs
Le périnée est l’ensemble des muscles et des tissus qui ferment le bas du bassin et soutiennent la vessie, l’utérus et le rectum. Pendant la grossesse et surtout lors de l’accouchement par voie basse, ce périnée est soumis à d’importantes contraintes.
Les causes possibles d’incontinence après l’accouchement sont notamment :
- Étirement ou lésion des ligaments de soutien de la vessie et du rectum : ils maintiennent normalement ces organes en bonne position et participent à la continence.
- Atteinte des nerfs du périnée (neuropathie pudendale en particulier), liée au passage de la tête du bébé dans le bassin : les muscles sphinctériens sont alors moins bien commandés et se contractent moins efficacement.
Rupture ou lésion du sphincter anal
En cas de déchirure périnéale importante ou de certaines épisiotomies, il peut exister une atteinte du sphincter anal. Ce muscle circulaire permet normalement de retenir les gaz et les selles. Lorsqu’il est déchiré ou fragilisé, des fuites anales (gaz, selles molles, souillures) peuvent apparaître.
Facteurs de risque obstétricaux
Les risques de fuites urinaires ou anales sont augmentés dans certaines situations obstétricales :
- Travail long avec phase d’expulsion prolongée : le périnée reste comprimé plus longtemps par la tête du bébé.
- Extraction instrumentale (forceps, ventouse) : ces instruments, parfois indispensables pour aider à la naissance, augmentent les contraintes sur le périnée et les sphincters.
- Bébé de poids élevé (macrosomie) : plus le bébé est gros, plus les tissus périnéaux sont distendus.
Comment traiter l’incontinence après l’accouchement ?
Rééducation périnéale et sphinctérienne
Toute incontinence urinaire ou anale après un accouchement doit être signalée à votre gynécologue ou à votre médecin traitant. Dans la grande majorité des cas, le traitement de première intention repose sur la rééducation périnéale.
Cette rééducation, souvent réalisée par une sage-femme ou un kinésithérapeute formé, associe :
- Des exercices de contraction et de renforcement des muscles du périnée.
- Des techniques de rééducation sphinctérienne (urinaire ou anale) adaptées aux symptômes.
- Une possible électrostimulation, qui aide les muscles à se contracter et favorise leur récupération.
Correction des facteurs aggravants
Parallèlement à la rééducation, il est important de limiter les facteurs qui entretiennent ou aggravent l’incontinence :
- Surpoids ou obésité : chaque kilo en trop augmente la pression sur le périnée. Une perte de poids progressive, si nécessaire, améliore souvent les symptômes.
- Constipation chronique : pousser de façon répétée aux toilettes fragilise le périnée et le sphincter anal. Un régime riche en fibres, une bonne hydratation et, si besoin, un traitement adapté sont recommandés.
- Éviter de porter des charges lourdes de façon répétée dans les premières semaines post-partum.
Quand envisager une chirurgie ?
Si, après une rééducation bien conduite, l’incontinence urinaire d’effort persiste et reste gênante dans la vie quotidienne, un traitement chirurgical peut être proposé. Il existe différentes techniques (bandelette sous-urétrale, chirurgie de soutien de la vessie…) dont le choix se fait au cas par cas, après un bilan urodynamique et un examen clinique complet.
En cas de lésion du sphincter anal importante, une prise en charge spécialisée en proctologie ou en chirurgie colorectale peut être nécessaire pour discuter une réparation sphinctérienne ou d’autres traitements adaptés.
Quand consulter ?
Vous devez consulter votre gynécologue, votre sage-femme ou votre médecin si, après votre accouchement, vous présentez :
- Des fuites urinaires répétées, même peu importantes, qui vous gênent au quotidien.
- Des difficultés à retenir les gaz ou les selles, des souillures anales ou une perte de sensibilité au niveau de l’anus.
- Une douleur persistante au niveau du périnée ou de la cicatrice d’épisiotomie ou de déchirure.
Une prise en charge précoce permet le plus souvent une amélioration nette des symptômes et limite le risque d’incontinence chronique. N’hésitez pas à en parler, même si ces troubles sont parfois vécus comme gênants ou tabous : ils sont fréquents et des solutions existent.

