Hémorragies génitales chez la femme : causes principales et conduite à tenir

Qu’est-ce qu’une hémorragie génitale ?

On parle d’hémorragie génitale lorsqu’une femme présente des saignements par les voies génitales en dehors de ses règles habituelles, ou des règles anormalement abondantes ou prolongées.
Ces saignements constituent l’un des motifs les plus fréquents de consultation en gynécologie.

L’analyse de ces pertes de sang doit toujours tenir compte de l’âge de la patiente (période pubertaire, période d’activité génitale, péri-ménopause, ménopause), car les causes varient selon les phases de la vie génitale.

Première étape indispensable : éliminer une grossesse

Avant toute chose, il est essentiel de vérifier l’absence de grossesse, même si celle-ci n’est pas suspectée par la patiente. En particulier, il faut exclure :

  • une grossesse extra-utérine (GEU), qui peut se manifester par des saignements et constitue une urgence ;
  • une fausse couche spontanée ou une menace de fausse couche ;
  • des saignements sur grossesse normale, qui nécessitent aussi une évaluation.

Parallèlement, l’interrogatoire précise toujours :

  • les caractéristiques habituelles des règles : durée, abondance, régularité, date des dernières règles ;
  • les méthodes de contraception utilisées (pilule, stérilet, implant, etc.) ;
  • les antécédents médicaux, chirurgicaux, gynécologiques et obstétricaux.

Principales causes d’hémorragies génitales

Les causes sont nombreuses et souvent intriquées. Elles sont détaillées dans d’autres chapitres de ce site, mais peuvent être regroupées en grands mécanismes.

1. Causes liées à la grossesse (causes gravidiques)

  • Grossesse extra-utérine (GEU) : implantation de l’œuf en dehors de la cavité utérine, fréquemment dans la trompe, associant douleurs pelviennes et saignements irréguliers ;
  • Fausse couche : grossesse en cours d’interruption, avec saignements plus ou moins abondants et douleurs ;
  • Grossesse intra-utérine normale : des saignements peuvent survenir en début de grossesse et doivent toujours être évalués ;
  • Autres hémorragies de la grossesse (placenta praevia, décollement placentaire…), qui sont gérées en milieu obstétrical spécialisé.

2. Causes organiques (lésions anatomiques)

  • Traumatismes et plaies vulvo-vaginales (rapports, chute, corps étranger) ;
  • Corps étranger intravaginal (tampon oublié, objet) pouvant entraîner saignements et infections ;
  • Lésions du col de l’utérus : cancer du col, polypes ou autres anomalies cervicales ;
  • Fibromes utérins (myomes) : fréquents, responsables de règles abondantes (ménorragies) ou de saignements entre les règles (métrorragies) ;
  • Cancer de l’endomètre (muqueuse utérine), en particulier après la ménopause ;
  • Tumeurs ovariennes pouvant perturber la fonction hormonale ou s’associer à des saignements anormaux.

3. Causes infectieuses

  • Salpingite (infection des trompes) : douleurs pelviennes, fièvre, pertes anormales et parfois saignements ;
  • Vulvite et vulvo-vaginite : inflammation de la vulve et du vagin, avec brûlures, prurit, pertes, parfois sanglantes ;
  • Cervicite (infection du col de l’utérus) pouvant provoquer des saignements après les rapports ou entre les règles ;
  • Endométrite (infection de la muqueuse utérine), souvent après accouchement, fausse couche ou geste intra-utérin.

4. Causes fonctionnelles (déséquilibres hormonaux)

Les hémorragies dites « fonctionnelles » sont liées à un dérèglement hormonal sans lésion visible à l’examen de l’utérus ou des ovaires.

  • Déséquilibre entre œstrogènes et progestérone ;
  • Insuffisance lutéale (défaut de la phase progestative du cycle) ;
  • Hyperplasie de l’endomètre (épaississement excessif de la muqueuse utérine) pouvant saigner abondamment ;
  • Atrophie de l’endomètre, surtout après la ménopause, cause fréquente de petites pertes sanglantes.

5. Causes iatrogènes (liées à des traitements)

Certains médicaments ou dispositifs médicaux peuvent favoriser ou modifier les saignements :

  • Contraception orale oestroprogestative (pilule) : spottings, saignements intermenstruels, règles très abondantes ou au contraire très faibles ;
  • Stérilet (dispositif intra-utérin), qu’il soit au cuivre ou hormonal : règle plus longues ou plus abondantes, petites pertes entre les règles ;
  • Traitement hormonal substitutif de la ménopause : peut entraîner des saignements, surtout au début du traitement ;
  • Prise d’anticoagulants ou d’antiagrégants plaquettaires, qui favorisent ou majorent les hémorragies.

6. Causes générales

Certaines pathologies générales peuvent se manifester par des saignements génitaux :

  • Troubles de l’hémostase (anomalies de la coagulation, maladie de Willebrand, thrombopénies, etc.) ;
  • Pathologies hématologiques ou prises médicamenteuses modifiant la coagulation.

Quand consulter en urgence ?

Toute hémorragie génitale doit faire l’objet d’un avis médical, mais la consultation devient urgente lorsque :

  • le saignement est très abondant (nécessité de changer de protection très souvent, caillots, impression d’hémorragie) ;
  • le saignement se prolonge depuis plusieurs jours sans amélioration ;
  • il existe des douleurs pelviennes importantes, une fièvre ou un malaise ;
  • on observe des signes de retentissement général : pâleur marquée, fatigue intense, vertiges, essoufflement ;
  • une grossesse est possible (oubli de contraception, rapports non protégés, retard de règles).

Examen et prise en charge

La prise en charge d’une hémorragie génitale repose sur :

  • un interrogatoire détaillé (cycle, contraception, antécédents, traitements) ;
  • un examen gynécologique (inspection vulvo-vaginale, examen du col, toucher vaginal) ;
  • souvent une échographie pelvienne, et si besoin d’autres examens (prise de sang, frottis, biopsie de l’endomètre, hystéroscopie…).

Le traitement dépend ensuite de la cause identifiée : traitement médical (hémostatiques, antibiotiques, régulation hormonale…), geste chirurgical (curetage, polypectomie, myomectomie, hystéroscopie opératoire…), ou prise en charge spécialisée en cas de pathologie cancéreuse ou de complication de grossesse.

À retenir

Toute hémorragie génitale doit être prise au sérieux. Chaque situation est particulière et nécessite une évaluation individuelle en consultation, d’autant plus que le saignement est important, prolongé ou qu’il altère votre état général.

En cas de doute ou d’inquiétude, n’hésitez pas à consulter votre gynécologue ou votre médecin traitant afin d’en déterminer la cause et de mettre en place le traitement adapté.